A NOTER

Associations Cultuelle et Culturelle Maayane Or
et Maayane Or Culture


La charte de Maayane Or

Cette communauté a vu le jour il y a près de 10 ans à Nice. Depuis elle a grandi et développé ses activités, offices de Shabbat et des fêtes, cours divers sur le Judaïsme, réunions communautaires et conférences… Elle n’a pas pour autant perdu son chaleureux caractère « familial ». Elle a aujourd’hui 80 foyers membres et touche un public de près de cent cinquante familles de Monaco à Draguignan. Elle organise des offices, des cours pour adultes et pour jeunes, un Talmud Tora, un cours d’initiation pour jeunes enfants, des repas communautaires, des films… C’est de loin une des communautés les plus actives de la région.
Maayane Or est une communauté rattachée au mouvement « Massorti », c’est à dire « traditionaliste » (à ne pas confondre ni avec l’orthodoxie, ni avec les libéraux). Majoritaire aux Etats Unis (Conservative) où il profite d’institutions prestigieuses, ce mouvement est bien implanté également sur les autres continents, notamment en Israël et en Europe, pour le moment peu représenté en France, il s’y développe et répond à une vraie demande et comble assurément un vide.
Tout comme l’Orthodoxie, il se veut fidèle à la tradition et à la Loi ; parallèlement, il est ouvert à tout débat d’idées et cherche à respecter au maximum le pluralisme et l’opinion de chacun. Il accepte, par exemple, de discuter de l’étude critique des textes et de toute découverte historique ou scientifique. En pratique, il cherche des solutions aux problèmes et nouveautés du temps, le statut de la femme juive, judaïsme et démocratie, éthique médicale par exemple, dans le cadre dynamique de la Loi.
Contrairement à la Réforme, il refuse toute remise en cause de la continuité historique du Judaïsme et tout changement radical. Le mouvement Massorti est profondément attaché à la Halakha (la Loi juive) qu’il respecte avec un esprit à la fois de conservatisme et d’ouverture.
Cette alliance entre fidélité et modernité est à notre avis le meilleur garant de l’avenir du Judaïsme et de sa capacité à répondre aux besoins spirituels du peuple juif en refusant tout à la fois la plongée dans le fondamentalisme d’une part et l’assimilation galopante d’autre part.
Le Judaïsme est au bout du compte ce que nous en faisons. Ce n’est pas un produit fini acheté en super marché mais un produit artisanal sans cesse à refaire. L’artisan est chacun de nous. Voici comment le Judaïsme Massorti voit les choses :

- La fidélité à la tradition et à la Halakha.
Le Judaïsme est une culture quatre fois millénaire, comme dans toute civilisation la loi joue un rôle primordial ; mais dans le Judaïsme la loi est au centre de l’expression de l’Alliance. La Halakha est au cœur de la culture juive et de notre spiritualité. Le système légal traditionnel n’a jamais été figé, il n’aurait pas, sinon, traversé avec succès la longue histoire juive. Il n’y a aucune raison de ne pas exploiter les possibilités dynamiques du système halakhique quand cela est nécessaire. Au contraire, la vie accumule les questions et il est illusoire de vouloir y échapper. C’est pourquoi il faut que le système traditionnel reste dynamique et ne se replie pas sur lui-même. Des quantités de débats halakhiques ont lieu, y compris dans les cercles les plus conservateurs, la question est de savoir si l’on se donne les moyens de ces débats et si l’on aborde les véritables problèmes du monde juif contemporain.
Nous souhaitons que les Juifs respectent la Loi, mais nous nous inquiétons que la Loi parle la langue des Juifs, c’est à dire celle de la réalité dans laquelle ils vivent.

- La primauté de l’étude.
Le Judaïsme est une culture complexe et immensément riche. Une vie ne saurait en venir à bout, ce n’est pas une raison pour ne pas tracer son chemin. Il faut vivre en Juif mais il faut aussi penser en Juif, c’est à dire en dialogue constant avec notre tradition. Or le Judaïsme se traduit trop souvent par un peu de rituel dont les grilles de lecture restent mal acquises. C’est pourquoi nous proposons une large palette de cours et voyons dans l’étude un axe essentiel de la vie et de la spiritualité juives.

-L’importance de la pratique.
Dans notre tradition les idées s’inscrivent dans des actes. Il ne s’agit pas seulement d’adhérer à quelques idées, de rester fidèle à quelques vagues pans d’une «trop vieille» et trop «étrangère» tradition. Il s’agit de vivre les choses de tout notre être afin de sentir l’au-delà de l’être. Sans se transformer en ultra, on peut très bien ponctuer sa vie de repères, de signes, puisés dans la geste ancestrale et porteurs d’avenir et de sens pour nous-mêmes et pour nos enfants. La pratique est essentielle au croyant mais elle l’est également au moins croyant. Celui-ci y trouve des points d’encrage dans sa culture, une expression poétique d’être au monde.

- Le rapport à la modernité.
Le Judaïsme, avec la modernité, tout comme d’autres religions et cultures, a été bousculé jusque dans ses fondements. La modernité comporte deux aspects auxquels on ne peut se soustraire.
L’un est la liberté de pensée critique de l’individu, qui interdit tout système de pensée préconçue coercitif, et oblige à examiner notre tradition dans la perspective des moyens modernes de la pensée et de la connaissance. Le Judaïsme ne saurait échapper à l’analyse philosophique et à la recherche historique. Mais celles-ci ont des conséquences très importantes qu’il est difficile d’ignorer. C’est pourquoi nous cherchons à comprendre notre tradition dans son développement historique et que nous acceptons de discuter de tous les résultats de la recherche contemporaine.
Le deuxième aspect de la modernité est de casser le cadre communautaire traditionnel. Ce cadre qui avait des moyens coercitifs ne laissait pas au Juif grand choix. De nos jours les individus ont liberté de leur mode de vie et de leur attachement culturel, cultuel et idéologique. Il ne sert donc plus à rien d’interdire ou de vouloir faire peur, il faut apprendre aux Juifs à aimer et comprendre ce qu’ils sont, à cultiver leur tradition avec les instruments de la modernité et non malgré ceux-ci. Vouloir censurer est donc une attitude anachronique, dénier toute légitimité aux tentatives novatrices également. De nos jours, chaque Juif doit faire le choix d’être juif, la naissance ne suffit plus. Chacun doit se poser la question chaque matin : serai-je encore juif aujourd’hui ? Chacun est responsable de demain. Même si l’antisémitisme vient régulièrement nous rappeler à l’ordre, on est, dans le monde moderne, Juif par choix non par obligation.
S’intéresser de plus prêt à l’histoire juive permet de comprendre que si les crises passées furent surmontées c’est autant par référence fidèle au passé que par une géniale capacité d’adaptation et d’innovation interne.

- La place de la femme.
La religion juive est basée sur une place prépondérante de l’homme par rapport à la femme. Celle-ci n’a qu’une place inférieure en droit. Cela peut choquer mais c’est ainsi. Ce n’est d’ailleurs nullement un particularisme juif, bien au contraire. La Halakha était souvent en avance sur la question par rapport à d’autres systèmes juridiques. Contrairement à certaines idées reçues, la Halakha est un système dynamique qui a toujours évolué et plus particulièrement en ce qui concerne le statut de la femme. Ce statut reste néanmoins très équivoque de nos jours, les trop nombreuses Agounot (femmes à qui le mari refuse le divorce), ne sont qu’un douloureux exemple. Refuser un rôle actif à la femme, n’est-ce pas affaiblir un peu plus le Judaïsme ? Or paradoxalement les femmes sont souvent plus désireuses de s’impliquer dans la vie juive que les hommes. N’y a-t-il pas une certaine indécence et une véritable question spirituelle, à refuser à la femme la place qui lui revient ? Refuser à une femme de lire dans la Tora, c’est la considérer indigne du savoir et de la révélation. Ne pas la compter dans le Minyan, c’est lui refuser d’être un individu à part entière de la communauté d’Israël. Derrière les réticences de beaucoup sur ces questions, se cache un réflexe machiste difficilement acceptable aujourd’hui.
C’est tout à l’honneur du mouvement Massorti d’avoir osé se confronter réellement au problème, d’avoir brisé les préjugés et d’avoir réussi à donner à la femme, en le justifiant halakhiquement, une place égale à celle de l’homme.

- La force du pluralisme.
Un des aspects les plus surprenant et les plus attirant du Talmud et la pluralité d’opinions qui y règne. Cette pluralité est source d’un dynamisme de la pensée extraordinaire. « Celles-là et celles-là sont également paroles de Dieu vivant ! » Ce pluralisme a de quoi troubler certains, il introduit du relatif et du doute. Mais n’est-ce pas justement le salut du Monothéisme que de savoir être pluriel ?
Dans le Judaïsme actuel, divisé en divers courants, chacun a sa place et contribue au dynamisme général. Il faut avoir l’humilité de reconnaître les mérites de l’autre et d’écouter sa voix. Il ne faut ni censurer, ni avoir peur de l’autre.
Les laïcs obligent les religieux à renouveler leur discours et à affiner leur foi. Les religieux obligent les laïcs à penser leur rapport à la tradition et à la spiritualité.
Dans les différentes tendances du religieux chacun apporte à l’autre. Renoncer à l’une de ces composantes serait un appauvrissement pour l’ensemble. Le malheur est l’absence de reconnaissance mutuelle et le manque de véritable dialogue. Le Messie ne saurait venir quand la haine et le mépris règnent, il ne saurait venir non plus pour imposer une vérité monolithique. Accepter au contraire le pluralisme, c’est se permettre d’aimer chaque Juif d’où qu’il vienne et quel qu’il soit, pour lui-même et non pour ce que nous voudrions qu’il soit.

- La légitimité du mouvement Massorti.
Le mouvement Massorti existe depuis aussi longtemps que le mouvement orthodoxe. Il touche largement autant de Juifs que lui dans le monde. Il a toujours eu, en son sein ou proche de lui, des maîtres prestigieux. Il se base sur une logique talmudique respectable et édite régulièrement des Responsa sur toutes sortes de domaines. Il n’a donc aucun complexe à avoir vis à vis de qui que ce soit.
Au sein du mouvement Massorti nous cherchons à créer le cadre d’un Judaïsme authentique, exigeant, tolérant où chacun trouverait sa place. Il y a dans ce courant des Juifs très pratiquants et des moins pratiquants, des savants de haut niveau dans l'étude et des ignorants, des gens convaincus et des hésitants, bref des Juifs normaux dans leur pluralité avec leurs qualités et leurs défauts.
Comme pour tout Juif, notre Judaïsme est entre nos mains, à nous de le faire fructifier. L’avenir juif de nos enfants c’est nous qui le préparons. L’avenir de notre peuple, de notre culture, de notre spiritualité, nous en sommes tous responsables.